Chiens, chevaux, poissons… 6 idées reçues qui biaisent notre rapport aux animaux

©Crédit Photographie : Photo par HERVIO JEAN-MARIE / KMSP / KMSP VIA AFP

Les relations entre les humains et les autres animaux sont ambiguës : parfois faites de proximité affective ou d’admiration, elles reposent aussi massivement sur l’exploitation, l’asservissement et autres atteintes graves à leurs intérêts. Elles sont structurellement entachées par le spécisme, système qui établit la supériorité de certains animaux sur d’autres, notamment la domination des humains sur tous les autres animaux. 

Comme tout ordre social, le spécisme est fait d’habitudes et d’impensés : il n’est ni forcément conscient, ni même activement souhaité, ni immuable. Il peut être examiné avec recul, détricoté et rejeté. Encore faut-il voir et savoir quelles sont ses causes, ses manifestations, ses conséquences, et comment nous pouvons nous en défaire. 

C’est ce que propose cette analyse de 6 idées reçues dont la remise en question peut améliorer notre relation aux animaux qui vivent près de nous, mais aussi à ceux qu’on exploite loin des regards.

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Sommaire
1/ « Les animaux de compagnie sont choyés »
2/ « Les animaux d’élevage sont stupides »
3/ « 10 hectares ont brûlé, zéro victime à déplorer »
4/ « Les chevaux aiment être montés »
5/ « Les vidéos fun d’animaux sont sans conséquence »
6/ « L’élevage prend en compte le bien-être animal »

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1/ « Les animaux de compagnie sont choyés »

Lorsqu’on parle d’un animal dit « de compagnie », on se représente souvent un individu aimé, dorloté, particulièrement chanceux. Et en effet, un certain nombre d’animaux entrant dans cette catégorie sont considérés par les personnes qui en sont responsables comme des amis, voire des membres de la famille. Leur vie est alors plus enviable que celle de bien d’autres animaux non-humains… Et même humains.

Cette représentation cache toutefois une réalité plus sombre, peu énoncée au regard de sa gravité : ces animaux sont des propriétés. Des êtres à la fois considérés par la loi française comme « vivants » et « doués de sensibilité », c’est-à-dire des individus sentients, capables de ressentir ce qui leur arrive, d’éprouver des émotions agréables ou désagréables ; et à la fois soumis au régime des biens, c’est-à-dire considérés comme des marchandises que l’on peut (re-)produire, acheter et vendre. Ce statut, dénoncé de longue date par des ONG, des juristes ou encore des philosophes entre autres, n’est pas sans conséquence sur notre perception globale des autres animaux et les traitements que nous leur infligeons. Nous en aimons certains, les chérissons et pleurons leur disparition, mais nous les possédons et pouvons les acheter et les vendre presque aussi simplement que nous achetons et vendons des brosses à dents.

En découlent des pratiques très souvent éloignées de leurs besoins (environnement inadapté, absence de formation aux signaux de détresse et de mal-être, caresses imposées sans consentement…), voire des actes de maltraitance (« éducation » punitive, enfermement et solitude quotidienne, coups, abandons…), plus ou moins perçus comme tels, faute d’éducation et de formation. Combien d’humains vivant avec des chiens ignorent que ces derniers se lèchent la truffe quand ils sont mal à l’aise ou stressés ? Combien crient sur un chat ayant uriné sur le sol, sans savoir qu’il s’agit d’un indicateur de mal-être que la punition est susceptible d’aggraver

Combien pensent encore qu’un poisson rouge n’a aucune mémoire ou ne se rend pas compte qu’il est captif ? Trop, semblerait-il : personne n’est vraiment formé·e et les idées reçues ont la peau dure. Certain·es comportementalistes de la « vieille école » perpétuent également des méthodes violentes, coercitives et contre-productives basées sur la domination, malheureusement faciles à accepter lorsqu’on est néophyte.

Impossible enfin de parler de la condition de ces animaux sans interroger la sélection génétique qui permet la perpétuation des races. Le cas des hypertypes, dont la morphologie est poussée à l’extrême dans les élevages, est parfois médiatisé et dénoncé comme un problème éthique majeur. Mais la notion même de type est à interroger : Bergers Allemands au train arrière affaissé, chats et chiens brachycéphales qui peinent à respirer leur vie entière, teckels développant des hernies discales, voire des paralysies à cause d’un dos trop long et de pattes trop courtes… La liste des souffrances infligées à ces « compagnons de vie » est sans fin.

Au-delà de ses effets immédiatement visibles, et même s’il elle ne s’accompagne pas de souffrances directes, cette sélection génétique entretient aussi une vision eugéniste et hiérarchique du monde, préoccupante en soi : elle consiste à reproduire de force et de façon contrôlée des individus pour que leur apparence corresponde à certains standards attendus en matière de beauté, de comportement et de « pureté » génétique. Le tout, sans particulièrement prendre en compte la santé des êtres concernés, voire en acceptant de la dégrader délibérément, l’objectif visé n’étant pas l’intérêt de l’animal, mais le profit ou le plaisir personnel de ses maîtres et possesseurs.

Cette vision se manifeste et se perpétue aussi, souvent de façon spectaculaire, dans les milliers de vidéos postées par les influenceur·ses sur les réseaux sociaux : en mettant en scène des animaux réduits au rang d’accessoires de mode ou d’objets d’agrément, ces contenus créent et entretiennent des modes favorisant une vision spéciste et des achats irréfléchis. L’un des nœuds du problème est ici : les « animaux de compagnie » sont aussi un business florissant, qui représente un marché de près de 7 milliards d’euros en 2025, un chiffre en croissance constante.

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